Norther Terminus, Pacific Crest Trail, leplusbeauvoyage.com

Apprendre à traverser les nuages sur le Pacific Crest Trail

Me revoilà sur le blog, beaucoup de choses se sont passées depuis le dernier billet.
Notamment 150 jours de marche sur le Pacific Crest Trail… we did it!

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La semaine dernière, on a fêté notre retour avec une rencontre sur ZOOM en compagnie de participants joyeux et lumineux.

Pour l’occasion, j’avais préparé une vidéo.
Mon ambition était de montrer le PCT en 10 minutes… et j’ai lamentablement failli : c’est devenu le désert en 11 minutes… (enjoy!)

Parmi les questions posées, en voilà 3 que je voulais développer…

Dis-moi laquelle te parle le plus ?

1. Comment est-ce qu'on marche 4000 km ?

Un pas à la fois. Un jour à la fois.
 
Franchement, ce n’est pas plus compliqué que ça.
Un pas devant l’autre, en regardant où on met les pieds.
 

« Hike for smiles, not for miles. »
« On n’a vu personne arriver au Canada en un jour mais beaucoup de personnes abandonner le premier jour… »

Maylis a expliqué que pour elle, découper en petits morceaux est la clé : en se concentrant sur de petits objectifs atteignables, ça devient faisable.

Baby steps diraient les Anglo-Saxons.

 

Le piège de la division.

Si on a 150 miles à parcourir entre 2 points de ravitaillement, au lieu de diviser 150 par 20 ou 25, on s’autorise à ne faire que 10-13 miles le 1er jour, un peu plus le 2ème et à mesure que nos sacs s’allègent, on couvre plus de distance.

Alors on ne se crame pas ni ne se culpabilise parce qu’on ne « tient pas le rythme » prévu.

On peut faire des tas de recherches pour être le plus light possible (mon cas) ou planifier à l’avance ses resupply boxes (colis de ravitaillement) aux endroits isolés mais ce n’est pas nécessaire.
C’est rassurant (parce qu’on fait quelque chose) mais ce n’est pas nécessaire.

Si tu prépares trop, tu cours le risque de voir ton cerveau combattre ton intuition (= ton corps). Ton cerveau paniqué se sent protégé par un cadre.

Le rempart aux doutes.

Ensuite arrivent les doutes : « mais pourquoi je fais ça ? », « à quoi bon ? »
Une fois passée la Sierra Nevada, pas mal de hikers rentrent chez eux pour diverses raisons :

  • leur famille, leurs amis, leur vie sédentaire leur manque,
  • ils se sont prouvé ce qu’ils recherchaient,
  • ils préfèrent explorer la Sierra Nevada à fond plutôt que de ne faire que passer (on a rencontré quelqu’un comme ça… dans l’Etat de Washington en septembre « je voulais me baigner dans tous les lacs et gravir tous les sommets »,
  • ils sont fauchés d’avoir trop fait la fête « en ville » dans le désert, etc.

C’est pour cette raison que répondre à la question « pourquoi je fais ça ? » est essentiel. Ce doit être une raison capable de contrecarrer toute envie d’abandonner.

Dans tout ce qu’on entreprend dans la vie, articuler clairement nos raisons est fondamental car c’est le catalyseur qui nous permet d’aller au bout de nos projets les plus fous.

Un pas à la fois, c’est tout ce qui compte, tant que c’est dans la bonne direction…

2. J'ai des problèmes de genou(x), est-ce que le Pacific Crest Trail est pour moi ?

Moi aussi !
 
Moi aussi j’ai des problèmes de genoux qui vont et qui viennent.
J’ai des souvenirs de descente à La Réunion ou dans les Pyrénées où je devais rassembler mes jambes à chaque marche pour les garder le plus tendues possible.
 
Très inquiète pour le Sun Trip 2019, j’ai décidé de ne pas y penser… et c’est passé. J’avais monté ma selle au max pour avoir les jambes bien tendues.

Par contre, une fois qu’on a quitté le groupe d’heureux héliocyclistes, les douleurs sont réapparues.

Mes hypothèses : ne plus être « obligée » d’atteindre un objectif chaque jour, ne plus ressentir la stimulation du groupe et trop d’espace/de temps de cerveau disponible pour m’en inquiéter.

Tu ne seras peut-être pas réceptif.ve mais sache que l’univers ne connaît pas la négation : si je tourne en boucle dans ma tête que je ne veux pas de douleurs, je les attire.

Est-ce que tu en as déjà fait l’expérience dans ta vie ?
Cherche bien…

Rares sont les personnes qui vont jusqu’au bout sans douleur et ni blessure.

On fait avec.

On n’attend pas une solution extérieure car s’arrêter 3 semaines c’est abandonner.
A la place, on apprend à être son propre médecin et son propre kiné.
Guidés par d’autres hikers, on s’hydrate et se repose mieux, on revoit notre posture, notre matériel, on s’étire matin, midi et soir…

On prend nos responsabilités.

De mon côté, les periostites tibiales m’ont bien calmée dès le début alors que je voulais caler mon rythme sur celui de Nate.

Les bâtons de marche et un sac léger étaient de précieux alliés mais pas suffisants : j’ai commencé à porter des semelles pour corriger ma posture, j’ai acheté une balle en liège pour masser mes mollets et surtout, j’ai appris à strapper avec du KT tape (kinesiology therapeutic tape) pour favoriser l’afflux sanguin et mieux combattre l’inflammation.

A mon tour, j’ai appris à d’autres personnes sur le trail à utiliser le KT tape…

j'ai utilisé plusieurs rouleaux/couleurs de KT tape : bleu, noir, beige et vert :-)

Des sexa-, septa- et octogénaires terminent le PCT.

Je me rappellerai toujours Mazoula (64 ans) qui avançait aussi vite que nous mais descendait Mt Whitney ultra lentement, avec tout son poids sur les bâtons.
Plus tard sur le John Muir Trail, on l’a retrouvé faisant équipe avec Brian (71 ans) et son petit-fils de 16 ans… on ne les a plus revus tant ils se levaient tôt et s’arrêtaient peu.
On a rencontré Billy Goat en haut d’un col. 82 ans, il terminait des portions de son 9ème et son 10ème Pacific Crest Trail !! Bien entouré de 3 femmes de 65 à 74 ans…

Des personnes en surpoids terminent le PCT.
Certains de nos amis ont perdu jusqu’à 35 kg !

Des personnes avec des plaques de métal dans la colonne vertébrale terminent le PCT.

On n’est pas tous des athlètes au départ mais à mesure qu’on prend soin de nos corps, qu’on leur fait confiance, ils s’adaptent et se transforment.

Pour moi, c’était une piqûre de rappel.
Avant mon burn-out en 2014, je traitais mon corps comme une machine ou un esclave. Je suis mon corps, mon corps n’est pas mon ennemi mais mon meilleur ami, mon partenaire pour la vie…

3. Les hauts et les bas

Si tu savais combien de fois j’ai pleuré.
Combien de fois c’était au-dessus de mes forces…
Et combien de fois j’ai eu tort !
 
Le début est le pire car tout t’affecte, physiquement : le poids du sac, les ampoules qui se forment, l’absence d’eau (= l’obligation d’avancer quand tu en peux plus), le vent, la chaleur, le manque de sucre.
 
Je t’explique pour le manque de sucre.
Dans la vidéo (à 2’30 »), tu vois tout ce vent à l’ascension et à la descente de Mt San Jacinto.
C’est une journée de 23,5 miles (38 km) avec beaucoup de dénivelé.
 

Arrivés au bas de la montagne, on trouve un robinet et une route mais aucun abri pour planter la tente.
Nate veut continuer et j’ai espoir de pouvoir faire du stop au bout de l’accès privé.

Déception immense lorsque je comprends que cette route ne mène pas au passage sous l’autoroute et la voie ferrée.
La nuit tombe, le vent ne se calme pas – bien au contraire.

Pas le choix, on doit traverser un no man’s land contre le vent et dans le sable, quand le sentier s’efface… et que je n’ai plus de jus.
Je réclame des bonbons mais Nate a déjà tout boulotté en 2 jours. Ca me rend dingue.
Juste quand j’en ai besoin b$ù^*l !!
(Depuis j’ai ma propre réserve et les tablettes de chocolat et bonbons arrivent souvent au prochain ravitaillement… ne me remercie pas, je viens de sauver ta sanité d’esprit et ton couple, lol).

Souvent la frustration et la rage sont venues me chatouiller les narines mais à chaque fois, je me rappelais que lorsque les émotions sont fortes, l’intelligence est faible. 

A chaque fois, si je voulais être en désaccord avec Nate c’est par peur de l’inconfort et parce que je voulais qu’on reconnaisse ma douleur. Malgré tout, je lui faisais confiance. L’avantage à deux c’est qu’on n’est pas démoralisés au même moment.
Et au cas où tu t’imagines que Nate est zen en toutes circonstances, lui enrageait à d’autres moments et ça me faisait rire, tant (d’après moi) il n’y avait pas de raison. Par exemple, en descendant les lacets de San Jacinto.
« Descendant », tu parles, on nous faisait sans cesse remonter et il maudissait les personnes responsables du tracé à chaque bourrasque et remontée.

Chaque difficulté était un apprentissage, une conquête de mon inconfort et de mes peurs.

Je savais que chaque obstacle était une pierre de plus dans ma construction. une couche de plus à ma carapace.

A chaque fois que j’ai voulu m’arrêter, j’ai été récompensée d’avoir continué :

  • avant Warner Spring, on ne peut pas camper sans eau et plus je marche, plus je développe d’ampoules. On pousse et on trouve un bivouac fabuleux, seuls au monde, avec un panorama de dingue, un coucher et un lever de soleil mémorables (lever de soleil ci-dessus).
  • à la descente de San Jacinto, quand on atteint le pont vers 20h, Mama Bear et Vic sont là avec des hot dogs, du banana bread fait maison, des fruits, des gâteaux, des bonbons, des boissons… la lumière au bout du tunnel. Et quelle lumière !
  • après Stevens Pass (Washington, le 19 septembre), c’est le 2ème jour de pluie et voilà qu’il nous neige dessus maintenant. Je veux m’arrêter et me mettre à l’abri. Au lac de Sally-Ann, il y a des arbres mais Nate me fait remarquer qu’en fondant, la neige va créer des pataugeoires. On continue malgré la nuit, malgré le vent, malgré le froid (je suis incapable d’ouvrir mon sac pour attraper mes gants de ski) et au lieu de descendre, on monte encore.
    On trouve un lieu abrité. Il pleut et vente toute la nuit, on se caille… mais le lendemain, vers 9h le ciel s’éclaircit enfin… le soleil brille à nouveau. Hourra !
    On apprendra plus tard que 3 de nos amies randonneuses ont rebroussé chemin, frigorifiées d’avoir eu leurs tentes inondées à Sally-Ann.
    Encore une fois, Nate avait vu juste…
l'amour sur le Pacific Crest Trail, leplusbeauvoyage.com
C’est avec ça que je voudrais te laisser…
Continuons à bouger en nous faisant confiance.
S’arrêter revient souvent à rester bloqué.e dans une situation pourrie.
 
Apprenons à traverser les nuages, les tempêtes, les turbulences pour retrouver le soleil…
Car de l’autre côté, le soleil brille toujours.
 

Très beau voyage à toi !
Perrine

PS : d’autres questions, des remarques ? Rendez-vous dans les commentaires…

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2 réflexions sur “Apprendre à traverser les nuages sur le Pacific Crest Trail”

  1. « Quand les émotions sont fortes, l’intelligence est faible » : j’adore, c’est tellement vrai ! Merci pour ce partage et tes retours. Merci pour ta sagesse et ton inspiration. A nous de trouver le soleil dans l’adversité…

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