Restaurer un voilier scandinave à Copenhague

Ce que j’aime dans le voyage, c’est la diversité des destinations, les rencontres faites sur place mais aussi explorer de nouvelles manières de vivre chaque voyage.

Aujourd’hui je vais te parler de mon expérience en tant que bénévole sur un chantier de restauration de voilier un peu particulier, au port de Kastrup, banlieue de Copenhague.

Bénévole grâce à HelpX

Ce chantier, je l’ai trouvé grâce à HelpX. Un site internet franchement moyen par sa présentation mais fabuleux pour mettre en relation des volontaires avec des hôtes qui ont besoin d’aide au quotidien ou pour un projet en particulier.

X pour EXchange car l’échange est au cœur du système.
Les volontaires donnent environ 4 heures de leur temps, 5 jours sur 7 tandis que les hôtes donnent le change humainement, au-delà du gîte du couvert.

Ici, pas de contrainte de dates, c’est entre toi et l’hôte.
Après quelques expériences en volontariat international un poil décevantes, je suis partie avec peu d’attentes selon le principe « j’aime, je reste ; je n’aime pas, je m’en vais ».
Et j’y suis restée presque tout l’été !!

La genèse du projet

« Hawila » (prononcer Avila, du nom du pays que l’on doit traverser pour atteindre Eden) est un voilier scandinave.
Commandé par une famille suédoise de l’archipel d’Öckerö, construit à Risør en Norvège en 1935, il est principalement utilisé pour le transport de la glace entre la Norvège et la Suède, puis converti en école de voile à Öckerö et enfin racheté par un Finlandais à des fins touristiques pour des croisières sur la Baltique puis comme chambres d’hôte à Copenhague.
En 2014 le bateau est à l’abandon alors un groupe d’étudiants et de jeunes professionnels décide de le restaurer.

Début janvier 2015, l’association « Hawila Project » devient officiellement propriétaire du voilier et poursuit des objectifs variés, à l’image des instigateurs du projet : restauration traditionnelle, énergies renouvelables, plateforme artistique, suffisance alimentaire, transport maritime propre.

Sam qui a eu le coup de foudre pour Hawila. [Photo par Alexis Fagnoni]

Hawila Project

Hawila comme le nom du voilier en bois de 27 m de long par 6,5 m de large avec 2 mâts, 390 m² de voiles et 35 couchages.
C’est un formidable terrain de jeu pour artistes, une opportunité de participer à un réseau de transport alternatif mais avant tout, 10 années de maintenance à rattraper.

Début juin 2015, le bateau se transforme en chantier de rénovation et un festival d’inauguration est organisé sur 5 jours pour faire connaître le projet au plus grand nombre.
C’est dans les jours qui précédaient le festival que je suis arrivée.

Project ou les multiples projets… Au programme :

  • stopper la dégradation et réparer ce qui peut être réparé par nos propres moyens,
  • être une plateforme de libre expression et d’échanges artistiques,
  • restaurer en profondeur l’intégralité de la coque en cale sèche puis les mâts et poutres en mauvais état,
  • innover en abandonnant les énergies fossiles au profit des énergies renouvelables,
  • expérimenter le développement d’un potager embarqué,
  • et enfin déployer les voiles pour participer à un réseau de transport alternatif.
[Photo par Alexis Fagnoni]

Les défis

L’association se veut ouverte et démocratique, avec un minimum de contraintes.
A bord du bateau, confiance, respect et auto-responsabilité sont les maîtres-mots.
Dans un espace réduit, il faut aussi trouver l’équilibre entre lieu de vie, de détente, de spectacles et chantier où tout le monde se met au travail.

Tout se joue pendant l’été, il faut à la fois stopper les dégradations et faire connaître le projet pour pouvoir lever les fonds nécessaires en septembre.

La météo

Les mauvaises conditions climatiques sont un ennemi car l’eau de pluie s’infiltre par le pont alors on a besoin d’un temps sec pour travailler : assurer l’étanchéité par le calfatage, ponçage, peinture, vernis, etc.

L’argent

Il faut de l’argent pour sortir le bateau de l’eau et travailler sous la ligne de flottaison au plus vite.
Tous les événements artistiques sont gratuits avec une demande de participation libre.
Dans le même temps, nous travaillons à une campagne de financement participatif et rédigeons des candidatures pour obtenir l’appui de fonds pour des projets innovants et collaboratifs.

La pluie arrive… [Photo par Alexis Fagnoni]

Les ressources

Face à ces défis, il faut une bonne dose d’enthousiasme.
Le nombre, la diversité et l’ouverture d’esprit font la force.

Nous sommes issus de différents milieux, de toutes nationalités et apportons chacun notre propre expérience et ainsi notre pierre (corde) à l’édifice…
A bord d’Hawila, une seule nationalité, une seule religion : tous Hawilieros !!

L’association se veut profondément ouverte. Ainsi, toute personne qui souhaite s’investir est la bienvenue à bord : idées, temps, enthousiasme, énergie, compétences, relations !

Tout le monde participe aux discussions concernant la vie à bord et a son mot à dire lorsque l’on prépare un événement. Pour celles et ceux qui veulent s’investir davantage, il y a la possibilité d’animer des ateliers, de travailler à la communication, aux relations publiques et à la recherche de financements.

C’est ainsi que je suis finalement restée plus d’un mois en juin-juillet et encore un mois en août-septembre. La grande majorité des membres de l’association et des volontaires ont un profil scientifique alors j’ai proposé d’aider à la communication et aux relations publiques… car tu peux avoir le plus beau projet du monde, si tu n’en parles pas, personne n’en aura jamais connaissance !

J’ai même profité d’une visite à mes amis suédois du côté de Göteborg pour faire un saut à Öckerö.
Là-bas, j’ai rencontré les membres de la famille initialement propriétaire, les anciens capitaines et trois générations de l’école de voile. J’ai mesuré l’attachement immense des insulaires à leur voilier et été très bien reçue. C’était l’occasion de poser des questions sur le passé, de parler du projet et de les convier au 80ème anniversaire d’Hawila le 15 août 2015.
Le contact établi, plusieurs se sont déplacés en septembre au chantier naval au moment des travaux en cale sèche.

Si je n’avais pas déjà eu mon permis vacances travail d’un an et mon billet d’avion pour la Nouvelle Zélande en poche, j’aurais eu toutes les peines du monde à quitter le projet pour continuer sur mon chemin.
J’étais tellement emballée et proche de l’équipe que nous avons gardé le contact et qu’il m’a été difficile de décliner les invitations pour les étés suivants.

Concert lors du festival d’ouverture. [Photo par Alexis Fagnoni]

Une autre société

Ce qui m’a séduite, c’est cette envie de faire du neuf avec de l’ancien et d’inventer autre chose. A plusieurs, rien n’est impossible.

J’arrivais tout droit du milieu de l’entreprise : organisée, à la recherche de l’efficacité, de la performance et il m’a fallu un temps d’observation et d’adaptation. Le festival d’inauguration me paraissait complètement anarchique avec des ateliers très divers et pas toujours orientés voile ou transport maritime.
J’ai été bluffée par la confiance en eux des intervenants qui n’étaient pas tous experts en danse, photo, yoga, acrobaties mais étaient heureux de partager leur passion à travers des ateliers.

Âgés entre 18 et 40 ans (moyenne d’âge vers les 28 ans), nous sommes la génération de l’économie du partage : partage des biens (colocation, covoiturage) du lieu de travail (coworking), des outils de travail (fab lab) et même du financement (financement participatif ou crowdfunding)…

Le bateau est au cœur de multiples expérimentations, notamment écologiques mais c’est aussi l’expérience d’une autre société qui repose sur 5 piliers :

  • économie (mise en commun des biens)
  • écologie (moins de ressources consommées puisque partagées)
  • convivialité (qui passait aussi beaucoup par les repas et la musique)
  • connaissances (il y avait toujours une personne qui avait les compétences pour résoudre les problèmes)
  • numérique (comme vecteur pour la mise en relation : volontaires, publication des événements, financement participatif).

A bord, c’est le règne des 6 R : comme Réinventer, Repenser, Réparer, Réutiliser, Réduire, Recycler… 
Par exemple, nous n’achetons que le matériel indispensable à la rénovation du bateau.
Pour le reste, nous visitons les déchetteries (canapés, petit électroménager) et nous récupérons les invendus (en parfait état et souvent bio !) des supermarchés pour nous nourrir.

Le mess, un espace très chaleureux et convivial. [Photo par Alexis Fagnoni]

Une autre forme de transport

Nous croyons à un changement des modes de consommation où avec l’augmentation du coût de l’énergie, les consommateurs se tourneront davantage vers des biens produits localement. Avec Hawila, nous souhaitons transporter des produits bio et issu du commerce équitable à la seule force du vent.

Sais-tu que 80 à 90% des échanges commerciaux transitent par voie maritime ?
Un porte-container de 5000 tonnes consomme en moyenne 70 barils de pétrole par jour, soit environ 10 000 litres.
Multiplie par 50 000 porte-containers actuellement en circulation sur la planète, sachant que 50 d’entre eux consomment à eux seuls l’équivalent de la consommation totale de toutes les voitures du monde.
Résultat, l’industrie du transport maritime émet 2 fois plus de CO2 que le transport aérien.

Certes encore anecdotique, le transport à la force du vent se développe un peu partout en Europe.

Hawila à l’époque de l’école de voile

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