Kepler Track, neige sur le sentier, Nouvelle Zélande, leplusbeauvoyage.com

Le luxe du temps

Alors Perrine, tu voyages depuis plusieurs années…
J’imagine que tu as dû faire le tour du monde ?!

Non.
Enfin, techniquement, France – Nouvelle Zélande – Polynésie Française – Californie – France en 15 mois, c’est un tour du monde.

L’idée de faire un tour du monde, de toujours bouger d’un point à l’autre, de « faire un max de pays » n’était pas pour moi…

Peut-on explorer la France en un mois ?
Ou le Brésil, l’Australie, la Chine, la Russie ?

Je ne crois pas.

Et comme j’étais en convalescence, je n’aurais pas été capable de courir d’un pays à l’autre.

Ralentir le temps

Kepler Track, éclairages, nuages, fiords, Nouvelle Zélande, leplusbeauvoyage.com
Splendide vue depuis le Kepler Track, Fiordland, Nouvelle Zélande.

Dans l’imaginaire collectif, voyager longtemps, c’est visiter des tas d’endroits différents, des pays exotiques.
Cumuler toutes nos vacances fantasmées et les consommer d’un seul coup.

La priorité est donnée à l’espace, plus qu’au temps…

Si je voulais partir en Nouvelle Zélande en Permis Vacances Travail (PVT), ce n’est pas tant pour le travail ou les vacances que pour la permission d’y passer 1 an !

Quitte à aller loin, autant avoir du temps sur place.

Le PVT, c’est déjà une histoire de temps :

  • il se demande à partir de 18 ans et jusqu’à la veille de tes 31 ans,
  • il est valable 1 an (1 an pour entrer sur le territoire)
  • il dure un an (on peut rester jusqu´à 1 an sur place)

Mon but n’était pas d’émigrer.
Mon but n’était pas non plus de trouver un emploi bien rémunéré, passer 10 mois à Auckland et voyager en 4ème vitesse avant de repartir.

Mon but était de prendre mon temps, de ralentir.

Prendre le temps de s’incruster

Hollyford Track, Fiordland, NZ, leplusbeauvoyage.com
Hollyford Track en Fiordland, Nouvelle Zélande.

Je m’imaginais me fondre dans les paysages, « m’incruster » 1 à 2 mois par-ci, 1 à 2 mois par-là.
Je voulais explorer, je voulais rencontrer, vivre avec celles et ceux qui peuplent les lieux que je traversais.

Je voulais rouler à gauche comme les Kiwis, aller au marché, passer du temps dans leurs bibliothèques, prendre les mêmes sweet as tics de langage (heaps of them), connaître leurs héros nationaux, chanteurs, humoristes, leurs films cultes, écouter leurs histoires, entrer dans leurs écoles, sentir ce qu’ils sentent, manger ce qu’ils mangent et faire ce qu’ils font !

Ça comprend vendre du miel au marché, bûcheronner, faire des lessives, aider les enfants à faire leurs devoirs, nager avec les dauphins, aller à la pêche, à la chasse, traire les vaches, et beaucoup d’autres choses !!

Vie sédentaire et procrastination

Kepler Track, lever de soleil depuis Luxmore Hut, Nouvelle Zélande, leplusbeauvoyage.com
Lever de soleil depuis le refuge de Luxmore Hut, sur le Kepler Track, Fiordland, Nouvelle Zélande.

Mon problème avec la vie sédentaire, c’est de penser que le temps est illimité.

Quand je suis installée à un endroit pour plusieurs mois, j’ai tendance à repousser ce que j’ai envie de faire.

Par exemple, quand je vivais en Suisse, je n’ai quasiment jamais exploré les environs en solo.

  • 1ère excuse : c’est dangereux de s’aventurer seule en montagne !
  • 2ème excuse : j’ai le temps de le faire plus tard, avec des amis ou quand il ferait plus chaud.

Sauf que souvent, plus tard devient jamais.

Vie nomade, l’approche opposée

En voyage, changement de contexte : le temps est limité.
Alors ce que tu ne prends pas là, maintenant, n’adviendra jamais.

Si j’avais attendu de rencontrer des personnes avec qui randonner hors saison dans les fiords en Nouvelle Zélande, je n’aurais jamais vu la mer (et ces phoques ultra mignons !).

En randonnant seule, j’ai trouvé une sérénité incroyable.

J’ai très souvent été seule dans les refuges et j’ai tant apprécié ce silence et cette solitude.
J’ai découvert le luxe de placer mon matelas en face du poêle dans la pièce principale, de lire ou d’écrire à la bougie (tellement plus chaleureux qu’une frontale).
J’ai renoué avec un rythme naturel : levée avec le soleil, couchée une heure après lui.

Coucher de soleil, Alabaster Hut, Hollyford Track, Fiordland, NZ,leplusbeauvoyage.com
Coucher de soleil à Alabaster Hut, Hollyford Track, Fiordland, Nouvelle Zélande.

Je n’aurais pas non plus rencontré Nate à mon premier jour de trek solo à Stewart Island !!

Voyager a radicalement changé ma façon d’envisager le temps.
Et je cherche à conserver cette approche lors de mes épisodes sédentaires.

Des choix plus conscients

Kepler Track, neige sur le sentier sur les crêtes, Nouvelle Zélande, leplusbeauvoyage.com
Kepler Track, Great Walk en Fiordland, Nouvelle Zélande.

En partant, je pensais ralentir le temps.

Alors c’est vrai : je vis plus à l’échelle humaine (humain connecté à la nature vs. technologiquement connecté), au rythme de mes pas, de la météo, des rencontres, de la voile ou de mes coups de pédales.

Malgré tout, il y n’a qu’un seul été, qu’une seule saison des alizés, qu’une seule période de noël chaque année.
Pour cause de Sun Trip Tour 2019, on a décliné 2 propositions de traversée du Pacifique, on n’a pas navigué avec mon capitaine préféré cet été et ce sera pareil l’année prochaine avec le Pacific Crest Trail.

L’échelle du temps existe toujours mais elle est renforcée par des choix plus conscients.

La beauté c’est de dire « oui » de tout mon cœur, de faire de vrais choix en quelque sorte.

J’ai arrêté de dire « oui » par obligation ou par défaut.

J’ai appris à dire « merci pour la proposition mais je ne suis pas disponible ».
Je me justifie moins et me sens moins coupable de donner la priorité à du temps pour moi, « productif » ou non.

Plus d’intensité

Rando à Gavarnie, Pyrénées, leplusbeauvoyage.com
Photo intruse : cirque de Gavarnie dans les Pyrénées.

L’avantage à être plus sélective, c’est l’intensité.

Avoir conscience que ce que l’on entreprend est unique, que c’est now or never renforce l’expérience.

Après une journée de randonnée dans les Pyrénées avec des amis dont on sait qu’on va les quitter bientôt, sous un grand soleil alors que l’automne s’avance, on ne peut que se sentir privilégiée.

C’est ce qui m’a enfin appris l’instant présent, cette notion que j’entendais partout, que je comprenais cérébralement mais que je vis maintenant dans mon corps.
Je ressens que chaque minute passée est irrécupérable.

Donc je ne veux pas la gâcher.
Et ne pas la gâcher, ça suppose d’arrêter de ruminer.

Si mon esprit est encombré par quelque chose que je ne peux pas régler maintenant ou qui n’est pas en mon pouvoir, je balaie.

Je ne rumine (presque) plus. Je ne fais plus semblant.
Je m’écoute.
J’écoute la voix souriante, pas la voix rabat-joie.

Une vie de chapitres

Kepler Track, écran nuageux, vue sur les fiords, Nouvelle Zélande, leplusbeauvoyage.com
Kepler Track, Great Walk en Fiordland, Nouvelle Zélande.

Le temps est notre denrée la plus précieuse et grâce à mon pas de côté, je découvre une vie non linéaire.

Pas de regret, la vie linéaire me fichait la trouille de toute façon.

Mon kif à moi, c’est de vivre une vie de chapitres :

Les chapitres me permettent de rester alerte.

En ce moment à Pau, malgré des projets trop nombreux, j’apprécie de passer du temps avec ces amis qui ont co-créé et coloré ce chapitre, les dernières baignades dans les Pyrénées, de faire du vélo dans des lieux connus, de regarder tomber les feuilles, de discuter avec les voisins…

J’y suis plus attentive et ça prend plus de place.
What you focus on expands disent les Américains. C’est si vrai !

J’emporte toutes ces belles images avec moi.

La fin de l’impatience ?

Kepler Track, Nouvelle Zélande, leplusbeauvoyage.com
Kepler Track, Great Walk en Fiordland, Nouvelle Zélande.

Pour finir, il y a une autre question qu’on me pose et qui désormais me paraît très étrange :
Ah, j’imagine qu’il doit de te tarder de __________ (aller à Tahiti /rentrer dans ta famille /aller en Californie /rejoindre un capitaine…) ??

En fait, il ne me tarde jamais.

Je ne suis plus dans une attente impatiente comme c’était le cas pour mes 3 semaines de vacances d’été.

Je savoure, reconnaissante des derniers instants du chapitre en cours.
Je ne cristallise pas sur ce qui vient.

Le fait que les chapitres aient une fin, que les conditions ne puissent plus jamais être réunies à l’identique, les rend uniques.
Et c’est bien ce qu’ils sont. Ils ne peuvent être répliqués.
Ils sont uniques et donc précieux… comme toi 🙂

On n’a plus la main sur le passé, on a seulement du pouvoir au présent et c’est ce qui influence le futur.

YOLO!

Perrine, Kepler Track, Nouvelle Zélande, leplusbeauvoyage.com
Kepler Track, seule au monde sur le sentier des crètes (mi-juin, c’est l’hiver en Nouvelle Zélande).

YOLO! you only live once : tu ne vis qu’une seule fois.

Ou comme me disait le beau-père de Nate la veille de mon départ et à l’approche de ses 50 ans : « you only get one shot ».
Juste un shot.
Une fois que c’est bu, le verre est vide…

Il y a cet article (en anglais) qui me paraît très juste, même si je n’ai pas d’enfants : on n’a que 18 étés à passer avec eux alors faisons en sorte que chacun compte.
Soyons présents et disponibles.

Bon voyage à toi,
Perrine

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3 réflexions sur “Le luxe du temps”

  1. Such wise words from a young woman! I love the way you think and the wonderful way you have with words. You are blessed to be living the life you have chosen and I wish you many years ahead following your heart. xx

    1. Thank you for your kind words Robin 🙂
      Indeed I feel very blessed and hope everyone else could find this peace of mind following their own path…

  2. Ping : Autostop : du rejet à la magie -

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