Graeme Allwright : une vie de voyages et de chansons

Graeme Allwright : une vie de voyages et de chansons

Ceci est un billet pour dire toute l’admiration que je porte à Graeme Allwright.
Ses chansons ont bercé mon enfance. Elles dénoncent le statu quo, appellent à plus de tolérance et à la recherche d’une vie plus simple, plus sobre.

Les mille et un métiers de Graeme Allwright…

Né en Nouvelle-Zélande en 1926, Graeme Allwright obtient une bourse pour étudier le théâtre à Londres. C’est donc tout jeune qu’il embarque à bord d’un bateau pour l’Angleterre. Il sera mousse le temps de la traversée

et découvrira joyeusement la lutte des classes. A Londres, il rencontre

Catherine qu’il suivra en France au début des années 50 et qui deviendra sa femme… « Je rigolais sous mon plastron, quand le Maire essayait de prononcer mon nom », Les Retrouvailles.

Au cours de sa vie, Graeme Allwright fera tous les métiers : jardinier, garçon de bureau pour une concession automobile, ouvrier dans une usines fabriquant des four micro-ondes, professeur d’anglais, surveillant en hôpital psychiatrique, apiculteur, ouvrier du bâtiment, plâtrier, homme à tout faire pour la troupe de théâtre, garçon de café, comédien…

Il côtoie tous les milieux (ouvriers, intellectuels, artistiques) et en tire un grand enrichissement.

Et puis, Graeme Allwright chanteur !

Sensible à la musique, ce n’est que la quarantaine venue que Graeme Allwright commence à chanter. Il adapte alors des chansons du folk américain ou anglais mais aussi du jazz. Il affirme avec la plus grande humilité que si les mots des autres lui parlent, il ne voit pas pourquoi il se priverait de les chanter.

Maintenant que j’ai grandi et suis tombée par hasard sur les chansons originales, je constate combien Graeme Allwright est un magicien des mots. Il ne s’agit pas de simples traductions mais d’une véritable gymnastique pour retranscrire les idées avec les meilleurs mots et le meilleur rythme possibles… tout ça en rimes et dans une langue qui n’est pas sa langue maternelle !
On a véritablement l’impression que la chanson a été composée en français… Chapeau l’Artiste !!

Je trouve presque la chanson Sacrée Bouteille meilleure que Bottle of Wine, la version originale par Tom Paxton !
Et d’ailleurs c’est drôle, car dans cette vidéo, Tom Paxton explique lors d’un concert que des amis lui ont rapporté combien sa chanson est populaire en France (en français, of course!) mais que les Français sont persuadés que c’est un classique français ! Alors il ironise, explique qu’il lui a fallu réapprendre sa chanson et fredonne le refrain en français 🙂

Les chansons protestataires

Le choix de ses chansons n’est pas anodin. Elles nous invitent à réfléchir et si possible à prendre position.
Je vous en livre une sélection :

  • Petites Boîtes (Little Boxes, Malvina Reynolds) dénonce le conformisme de la société américaine et m’a inspiré ce billet
  • Qui a tué Davy Moore ? (Who Killed Davy Moore?, Bob Dylan) nous interroge sur l’industrie du sport après la mort du boxeur Davy Moore au 10ème round dans les années 60. Chacun à son tour, arbitre, spectateurs, manager, journaliste et adversaire expliquent qu’on ne peut pas les accuser. La dernière phrase raisonne alors : « Pourquoi est-il mort ? »
  • Jusqu’à la ceinture (Waist Deep in the Big Muddy, Pete Seeger) illustre l’abus de pouvoir. Là aussi, la conclusion laisse songeur.
  • La ligne Holworth (John Napper, Graeme Allwright) raconte l’origine de la fortune de Ted Holworth, un notable noir sous l’étiquette.
  • Le jour de clarté (Graeme Allwright), chanson sortie en 1968 qui appelle à s’unir pour abolir les injustices et la pauvreté. D’aucuns diront que c’est son côté soixante-huitard baba-cool sympathique…
  • Qu’as-tu appris à l’école mon fils ? (What Did You Learn in School, Tom Paxton) fait réfléchir sur l’éducation que nous recevons et, d’après moi, sur le rôle d’ouverture que les parents ont à jouer.

Je vois bien que je ne peux pas toutes les citer…
Au-delà de ces chansons engagées, il y a Petit Garçon que tout le monde connait, Emmène-moi, Les Retrouvailles, des adaptations de Leonard Cohen (L’Étranger, Suzanne, Demain sera bien, Lover Lover Lover). Personnellement j’adore Petite Souris… est-ce la raison pour laquelle je ne peux pas me résoudre à tuer une souris ?? Et puis aussi Ça je ne l’ai jamais vu que je trouvais si amusante quand j’étais enfant.

Les enseignements de la route

Dépassé par le succès de l’excellentissime album Le Jour de Clarté, Graeme prend la route. Il voyage au long court, parcourt l’Afrique (Ethiopie, Madagascar), l’Asie, l’Inde et l’Amérique Latine. Il vivra aussi 1 an et demi à La Réunion.

Ces voyages renforcent chez lui l’idée selon laquelle ce ne sont pas les possessions qui mènent au bonheur. Il se réjouit de vivre parmi ceux qui n’ont rien. Il vit comme eux, marche pieds nus, apprend

à faire du feu pour cuire les aliments, à laver ses habits à la rivière…

Avec Ballade de la Désescalade (Graeme Allwright, 1972) et Questions (Graeme Allwright, 1978), il nous alerte sur les limites cette société matérialiste que rien n’arrête.

Questions
Ceux qui ont des chaînes et voient leurs disques augmenter
Trouveront-ils jamais le temps de tout écouter ?
Et ceux qui ont des frigidaires sont-ils plus avancés
Que ceux qui font leur marché rien que pour une seule journée ?
Les abonnés du téléphone sont-ils privilégiés ?
Peut-être on peut communiquer autrement qu’avec ces appareils.
Ceux qui possèdent la télé font-ils une sorte d’apprentissage
De l’abrutissement total ou bien d’un autre moyen de transmettre les images ?
Et ces machines à laver la vaisselle donnent-elles plus de liberté
Ou est-ce qu’elles nous entraînent pas plus dans la ronde des prisonniers ?
Tous ceux qui ont l’électricité sont-ils mieux éclairés
Que ceux qui se couchent avec le soleil et qui le regardent se lever ?
Et la bagnole, notre Dieu va-t-elle nous transporter
Vers un pays merveilleux où règnent l’amour et la paix ?
Ou existe-t-il d’autres transports pour nous emmener
Vers la porte de sortie vers une autre destinée ?
Et tous ces biens qui nous obligent à payer les frais
Tous les jours notre belle nature un peu plus dénaturée.
On dit qu’il n’est jamais trop tard pourvu que ça soit vrai
Car si les arbres venaient à mourir alors qu’est-ce qu’on ferait ?
Et après toute cette frénésie, tant de travail acharné
Pour gagner l’argent nécessaire pour acheter plus, plus consommer.
Entendrons-nous cette voix qui nous appelle toujours
La seule voix à suivre, celle de l’amour.
Non elle n’a jamais cessé ce nous appeler
En attendant que notre descente aux enfers soit terminée.

Graeme Allwright apporte son concours à de nombreuses causes au travers de concerts.
Il dénoncera les essais nucléaires dans la chanson Pacific Blues, militera contre l’extension du camp militaire au Larzac, soutiendra activement l’association Partage au profit des enfants du Tiers Monde.

Pour une Marseillaise pacifiste et humaniste

Il existe de nombreux projets de modification des paroles de La Marseillaise. Il est vrai que si l’on compare notre hymne national à celui des pays qui nous entourent, il y a de quoi se sentir mal à l’aise au moment de chanter « qu’un sang impur abreuve nos sillons ».

Quand on y réfléchit deux secondes, notre hymne national devrait en principe traduire nos valeurs : liberté, égalité, fraternité… pas vrai ?!

En 1792 à la suite de la déclaration de guerre du Roi d’Autriche, un officier français, Rouget de l’Isle, en poste à Strasbourg, compose « Le chant de Guerre pour l’armée du Rhin ». Je me suis toujours demandé comment les Français peuvent continuer à chanter, comme chant National, un chant de guerre, avec des paroles belliqueuses, sanguinaires et racistes. En regardant à la télé des petits enfants obligés d’apprendre ces paroles épouvantables, j’ai été profondément peiné, et j’ai décidé d’essayer de faire une autre version de La Marseillaise. Le jour où les politiques décideront de changer les paroles de La Marseillaise, ce sera un grand jour pour la France.

Alors depuis 2005, Graeme Allwright distribue lors de ses concerts un très beau texte composé avec Sylvie Dien et que vous trouverez sur le site de L’Appel de Graeme Allwright.

88 ans, toute sa tête et toujours sur scène !

Graeme Allwright chante toujours et fait salle comble.
J’espère de tout cœur pouvoir le voir et l’entendre une seconde fois !

 

Vous en voulez encore ?

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