Comment traverser l’Atlantique à la voile quand on n’a jamais mis les pieds sur un voilier ?

Tu rêves de faire de la voile et même de traverser l’Atlantique pour vivre une aventure unique ?

C’était mon cas et le rêve est devenu une idée fixe après un trek dans le Sahara.

15 jours dans un environnement basique : sable, montagnes, quelques animaux, superbes couchers de soleil, levers de lune, levers de soleil, couchers de lune, des milliers d’étoiles, du vent…

Et nous, humbles avec nos deux dromadaires, nous ne faisions que passer en silence, comme seuls au monde.
Le mode de vie du nomade est tout aussi basique : marcher, trouver de l’eau, manger, se reposer et apprécier le paysage.

Tout était plus grand que nous et c’est au milieu des dunes que j’ai décidé de répondre un jour à cette question : à quoi donc ressemble un désert aquatique ?
Personne autour, juste de l’eau, beaucoup d’eau, quelques oiseaux et le vent pour seul moyen de propulsion.
Est-ce que je retrouverais la même quiétude ?

Pfff !
Mais c’est super dangereux et puis tu n’y connais rien !
Moi je connais quelqu’un qui a eu un problème, a dû être secouru et a perdu son bateau qui était aussi sa maison…

Pas très rassurant. Merci les amis !
Lis plutôt ce qui suit…

Pour passer du rêve à la réalité, il te faut :

  • savoir que c’est possible,
  • te décider à y aller et te donner les moyens,
  • adopter la bonne attitude,
  • du temps, de la patience,
  • un maillot de bain, un chapeau et des lunettes de soleil.

Traverser l’Atlantique à la voile, c’est possible 

Oui, oui, c’est possible !
Des solitaires, des couples, des familles avec de jeunes enfants le font chaque année.

Plus de 1200 bateaux traversent d’est en ouest et prennent des équipiers-ères pour aider aux quarts de nuit. Car il faut constamment quelqu’un sur le pont pendant les deux à trois semaines que dure la traversée.

Parmi les équipiers, on trouve des personnes expérimentées mais aussi de complets novices. Il y a beaucoup de jeunes qui voyagent en stop sur route puis tentent leur chance en « bateau-stop ».

Ça a fait toute la différence pour moi de lire et d’entendre des témoignages de voyageurs. Quand tu sais que d’autres le font, il n’y a qu’un pas vers la formule magique « épourkoipamoi ! »

En revanche, j’ai remarqué qu’il fallait beaucoup de patience et de persévérance pour trouver un capitaine si on n’a jamais mis les pieds sur un voilier.
Alors j’ai décidé de commencer par découvrir le milieu. Première étape, apprendre à naviguer avant de me lancer dans LA traversée.

Donne-toi les moyens

Rien n’est impossible à condition de découper ton projet en petits morceaux à ta portée.
Tu as déjà essayé de monter 15 marches en une seule enjambée ?
Personne n’y arrive. Même pas ceux qui ont de longues cannes. Ça fait mal et ça te décourage.
Par contre, tout le monde peut monter 15 marches une à une… one step at a time!

3 possibilités pour traverser l’Atlantique à la voile en tant qu’équipier-ère :

  • version galère (mais sans rames) : en mode stop, sans expérience et pas forcément avec les capitaines les mieux disposés
  • version rapide/efficace/chère : en faisant des stages d’initiation à la voile ou directement un stage « traversée »
  • version lente/efficace/plus économique qui s’inscrit dans un voyage au long court et consiste à rejoindre des capitaines via des sites de mise en relation ou de volontariat.

C’est la troisième version que j’ai privilégiée et qui m’a permis d’alterner voyage à terre et voyage à la voile.

Adopte la bonne attitude

Quelle que soit la méthode que tu choisis, traverser l’Atlantique à la voile suppose de cohabiter pendant plusieurs semaines avec des inconnus dans un espace réduit.
Et comme tu traverses, aucune possibilité de débarquer.

Tout le monde n’est pas à l’aise dans ces conditions.
Si tu souffres déjà en coloc, ça n’est peut-être pas pour toi !
Dans mon cas, c’est le fruit de plusieurs années passées à partager le quotidien de familles, personnes ou communautés grâce à HelpX.

Garde bien à l’esprit que les capitaines t’accueillent chez eux. Un bateau est un investissement conséquent et éventuellement leur domicile.
Alors respecte leur espace et leurs règles du jeu.
Aide autant que possible, invite-les dans la limite de tes moyens et n’oublie pas d’afficher ton plus beau sourire !

Être équipier-ère, c’est génial et nombreux sont les capitaines qui prennent des équipiers pour partager leur passion et désir d’exploration avec des personnes aventureuses et enthousiastes exactement comme toi !

Les avantages du système capitaine/équipier-ère

J’adore les systèmes de type HelpX ou Findacrew. Il y en a beaucoup d’autres et tu trouveras le site qui correspond le mieux à tes attentes.

Voilà d’après moi les avantages par rapport aux stages classiques en école de voile.

Confiance et bonne volonté

Le système capitaine/équipier-ère est basé sur la confiance et la bonne volonté. Plus tu donnes, plus tu reçois. Plus tu veux faire et apprendre, plus on te montre.
Et contrairement aux stages de voile ou tu partages l’instructeur avec d’autres stagiaires, tu as un accès quasi-illimité au capitaine.

Diversité des expériences

A chaque nouvelle aventure, tu apprends autre chose. Tu découvres des bateaux différents, des technologies différentes, d’autres façons de faire, des conditions météo ou de navigation qui varient d’une mer à l’autre, etc.
Toutes ces expériences te servent pour la suite et une bonne idée/astuce vue avec un capitaine pourra aider le prochain 😉

Un pied dans le milieu

Comme c’est un petit milieu, tu rencontreras d’autres capitaines au mouillage ou dans les marinas qui peuvent soit t’inviter à les rejoindre plus tard, soit t’inviter à l’apéro et te recommander à leurs pairs.

C’est si vrai que je viens de refuser pour la 2ème fois une opportunité de traverser le Pacifique !!
J’ai gardé le contact avec tous les capitaines qui m’ont accueillie et nous espérons un jour renaviguer ensemble.

Pas de traversée du Pacifique cette année parce que cet été, je retrouve le capitaine et l’équipier avec lesquels j’ai passé un mois entre Gibraltar et Minorque l’année dernière. Cette fois-ci, c’est une expédition de 3 mois : Baléares, Espagne, Portugal, Açores, Galice, Bretagne, Cornouailles. Et mon conjoint est aussi de la partie.

Rencontrer des mentors

Tes capitaines partageront plus que leur bateau et leur projet avec toi. Ils partageront leur passion, leur histoire, leurs anecdotes et deviendront certainement des amis, des mentors. Car tout capitaine a d’abord été un (jeune) équipier et est heureux de transmettre à son tour ce qu’il a reçu des autres.
Tes capitaines seront ravis de suivre tes prochaines aventures, de te conseiller sur le choix de ton bateau/capitaine pour la traversée et risquent fort de t’indiquer tel ou tel voilier en vente qui te conviendrait !

Plus tu acquiers de l’expérience, mieux tu sais avec qui traverser

Comme partout, il y a de tout.
De bons capitaines comme de mauvais capitaines.
Des capitaines généreux comme des capitaines plus intéressés par l’appât du gain. Certains exigent des participations de l’ordre de 25 ou 50 euro par jour, en plus des frais de nourriture, alors même que leur bateau n’est pas en bon état. Prudence !

Pour trouver le bon capitaine et le bon bateau, je te conseille la plus grande sincérité sur ton expérience ou ta personnalité lorsque tu rédiges ton profil sur les sites de mise en relation capitaine/équipier-ère mais aussi de poser tout un tas de questions avant d’embarquer.
Plus tu auras navigué, plus tu sauras ce que tu veux et ce à quoi faire attention.

Prends ton temps et prévois un budget

Il est très fréquent que les voiliers n’arrivent pas au port prévu à la date prévue en raison des aléas météo, de soucis techniques, réparations, attente de pièces ou raisons familiales.

Être équipier-ère suppose d’être flexible pour se déplacer, d’avoir du mou dans son emploi du temps et une petite cagnotte pour les impondérables.

Budget apprentissage

Si tu ne passes pas par la case stage de voile, il te faudra malgré tout te déplacer pour rejoindre le capitaine là où il se trouve, te nourrir et éventuellement partager les frais de carburant et de marina.
Je partage mes expériences un peu plus bas.

Budget traversée

Les bourses aux équipiers en ligne trouvent leurs limites lorsqu’il s’agit de navigation hauturière (pas de possibilité de quitter le navire si ça ne se passe pas bien).

Je te conseille de rencontrer ton capitaine IRL (in real life) avant de t’engager et de passer du temps dans les marinas pour discuter avec les capitaines plutôt que de te précipiter avec le premier venu.
Et prendre ton temps veut dire te nourrir et te loger le temps de la recherche.

A Las Palmas de Gran Canaria, les bateaux-stoppeurs sans expérience ont passé des semaines à rechercher le bon voilier et campaient sur la plage, se faisaient héberger par des capitaines ou bien vivaient dans des squats.
Je préfère largement l’auberge de jeunesse mais notre recherche a été plus rapide que pour les bateaux-stoppeurs (6 semaines en moyenne pour eux).

Comment ça s’est passé pour moi ?

Comme je n’avais aucune idée de comment « entrer » dans le milieu, j’ai d’abord utilisé le système HelpX (aide contre le gîte et le couvert) avant de créer mon profil sur Findacrew et poster une annonce sur La Bourse aux Équipiers et Hisse et Oh. Il existe aussi Crewbay et d’autres sites du même style.

Eté 2015 : restauration d’une goélette scandinave à Copenhague

Hawila dans sa jeunesse.

Voilier : 27 mètres
Personnes à bord : une vingtaine
Mise en relation : HelpX
Conditions : aide contre le gîte et le couvert

Apprentissage des techniques de restauration, rencontre de nombreux capitaines et première initiation via des sorties à la journée avec un capitaine danois ami du projet.
Voir le billet Restaurer un voilier scandinave à Copenhague.

Mars 2016 : 2 camps de voile avec des adolescents à Stewart Island, NZ

On affale le foc.

Voilier : 15 mètres
Personnes à bord : 9 à 11, capitaine néo-zélandais
Mise en relation : HelpX
Conditions : aide contre le gîte et le couvert

Génial pour la vie à bord et l’esprit voile mais comme le bateau était grand et que nous étions nombreux, je n’ai pas assez pris la main.

Août 2016 : 12 jours au large de Moorea, Polynésie Française

Au mouillage à Moorea.

Voilier : 10 mètres
Personnes à bord : 2, capitaine canadien
Mise en relation : HelpX
Conditions : aide contre le gîte et le couvert

Changement de programme : nous aurions dû traverser de Moorea à Huahine puis retour à Moorea mais les conditions météo étaient incertaines et le capitaine avait un engagement à une date précise (j’avais du mou mais pas lui).
Seule à bord avec le capitaine, c’était parfait pour bien apprendre les bases. Et comme le bateau était petit, j’avais la bonne taille et la force pour tout manier !

Eté 2017 : 55 jours autour de la mer Baltique

Le phare d’Häraldsskär, sur la côte est de la Suède.

Voilier : 10 mètres
Personnes à bord : 2-3, capitaine suédois
Mise en relation : Findacrew
Conditions : partage des frais de nourriture

2 changements de programme : j’aurais dû retrouver le Capitaine dans un archipel au nord de l’Ecosse mais il a dû abandonner lors de sa traversée depuis la Norvège. Le deuxième point de rendez-vous était à Hambourg mais une tempête l’a forcé à mettre le cap vers l’est. Nous nous sommes finalement rencontrés à Copenhague et avons décidé d’explorer la mer Baltique qu’il connaissait très bien.
Un de ses amis nous a rejoints plus tard et a passé 3 semaines avec nous. Un jeune Belge devait aussi être de la partie mais a annulé.
Je rejoignais ce capitaine car je voulais faire plusieurs petites traversées et naviguer en mer d’Irlande, Manche et mer du Nord. A la place, mon capitaine était ravi de faire découvrir les skärgårdarna (archipels) de la Baltique et j’ai appris énormément sur l’histoire et la culture des pays scandinaves et baltes.

Sept. 2017 : 1 mois de Gibraltar à Minorque (Baléares)

Cala Cuevas à Minorque. Un mouillage fabuleux !

Voilier : 12 mètres
Personnes à bord : 3, capitaine anglais/néo-zélandais/australien
Mise en relation : Findacrew
Conditions : partage des frais de nourriture à terre seulement
Excellente entente entre le capitaine, l’autre équipier et moi. Nous voulons à tout prix renaviguer ensemble !

Oct. 2017 : 3 semaines de Málaga à Lanzarote (Canaries)

Lever de soleil au départ de Gibraltar avec nos nouveaux amis ; le Maroc en arrière-plan.

Voilier : 14 mètres
Personnes à bord : 2, capitaine français
Mise en relation : La Bourse aux Équipiers
Conditions : partage des frais de nourriture

Première navigation hauturière et révélation/confirmation de mon attirance pour le large. J’ai a-do-ré les quarts de nuit (rotations de 3 heures chacun).
Découverte d’un nouveau système de voile (grand voile enroulée dans le mât).
Nous avons attendu une semaine à Gibraltar pour obtenir des conditions favorables au passage du détroit (combinaison marée, vent et courant) et rencontré d’autres équipages que j’ai retrouvés plus tard aux Canaries. Il y avait une petite ambiance colonie de vacances.
C’est à ce moment que j’ai pris que conscience que la traversée de l’Atlantique n’était plus un rêve distant mais mon avenir proche. Je faisais partie du milieu, I was one of them. Il était évident pour tous ceux que j’ai rencontrés que j’allais traverser comme eux. Avec le bon capitaine.

Nov. 2017 : 3 semaines de la Galice à La Graciosa (Canaries), via Madère

Terre !! On se rapproche de l’île de Porto Santo après 120 heures en mer.

Voilier : 11 mètres
Personnes à bord : 4, capitaine français
Mise en relation : Hisse et Oh
Conditions : partage frais de nourriture et carburant

Mon copain venait d’arriver en Europe et pour son baptême, une traversée de 4 jours entre Ribeira et Porto Santo. Tout s’est très bien passé, même l’épreuve de la casse du tangon (qui permet de maintenir les deux voiles de part et d’autre quand on est vent arrière) au 2ème jour. Le capitaine s’est laissé convaincre de réparer et une heure plus tard, on remettait les voiles et coupait le moteur !

Janv.-fév. 2018 : traversée des Canaries à Barbade via le Cap Vert

Coucher de soleil depuis la marina de São Vicente, Cap Vert.

Voilier : 11 mètres
Personnes à bord : 4, capitaine canadien
Mise en relation : sur place
Conditions : partage des frais de nourriture
La traversée n’est pas la navigation la plus technique mais nécessite d’être à l’aise avec les quarts de nuit pour que le capitaine puisse se reposer. Nous avons eu beaucoup de vent et donc beaucoup de houle. Nous avons été prudents et traversé rapidement. Plus de détails dans un prochain billet…

Nous touchons terre à la Barbade, 365 heures et 2056 milles nautiques plus tard soit 3808 km.

Voilà comment ma traversée a été rendue possible.
J’ai rencontré des personnes extraordinaires qui ont toutes contribué à leur façon à la réalisation de ce rêve.

Si c’est aussi le tien, je t’encourage à y croire, à t’en donner les moyens et à le faire car traverser l’Atlantique (et tout autre océan) est une expérience unique de suspension du temps, hors du monde.

C’est plus difficile à décrire qu’à faire !
A toi de jouer… que vas-tu démarrer aujourd’hui pour réaliser ton rêve ?

4 réflexions sur “Comment traverser l’Atlantique à la voile quand on n’a jamais mis les pieds sur un voilier ?”

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