Comme dans un film…

Ces derniers temps, ma vie suit un peu le script d’un film.

Non, je ne parle pas de film romantique ou de voyage initiatique mais plutôt d’un documentaire sur le monde de demain, sur une façon de vivre mieux dans un futur qui est en train de nous échapper.

Je pense à des films comme Sacrée Croissance de Marie-Monique Robin ou Demain (puis Après Demain) par Cyril Dion, avec Mélanie Laurent.

Ce sont des documentaires qui partent du constat d’échec de notre modèle actuel, en total décalage avec l’urgence climatique, une planète limitée, les inégalités criantes et l’argent qui a pris une telle importance qu’il n’est plus au service de l’économie réelle. Passé le constat, ces films font la part belle aux alternatives qui ont fait leurs preuves au travers de personnes qui sont passées à l’acte.

Ce sont des films positifs, plein de belles énergies et d’espoir. Des films qui montrent qu’il y a des solutions et qui esquissent le monde de demain.

Je venais à Pau pour 3 choses :

  • rénover l’appartement de mon arrière-grand-mère contre un toit, façon HelpX,
  • créer mon vélo solaire pour le Sun Trip et
  • préciser mon idée d’entreprise.

Zero Waste (zéro déchet, zéro gaspi) 

Première étape en arrivant : trouver où faire mes courses en vrac, car depuis que je vis avec un petit sac à dos ou à bord de voiliers, je n’en peux plus de remplir des poubelles avec des emballages/objets plastiques à usage unique.

J’ai découvert que l’Agglo de Pau tient à jour une liste des commerçants qui acceptent les contenants de leurs clients. Et aussi l’existence de l’association Avenir zéro déchet qui organise des apéros, des ateliers, des événements et prête même des livres sur le sujet.

Plutôt sympa ! Et hop, à peine adhérente, j’étais bénévole :

  • pour la distribution des kits vrac aux Halles pendant la SERD, la semaine européenne de réduction des déchets. Tu en as entendu parler ?
  • sur le stand de l’association au salon Asphodèle.

Choc entre 2 mondes : aux Halles, en semaine, c’était plutôt des retraités (majoritairement masculins) qui ne voient pas pourquoi ils changeraient leurs habitudes « car c’est contraignant » ou « ça va supprimer des emplois dans l’industrie de l’emballage » et des tas d’autres arguments peu recevables…
Pendant qu’à Asphodèle (salon du bio et des alternatives écologiques), il y avait là beaucoup, beaucoup de personnes (principalement des femmes et des jeunes) qui en ont assez de surconsommer et de sortir la poubelle. Des personnes positives, engagées, heureuses de rencontrer leurs pairs…

La transition est en marche.
#onestpret !

Grâce à l’association, j’ai :

  • tout acheté en vrac,
  • rencontré des personnes extra et positives (dont une autre Perrine alors ça se fête !),
  • enfin trouvé la recette de dentifrice qui me convient après avoir été déçue par les dentifrices solides,
  • fabriqué ma lessive,
  • fabriqué mes tablettes pour lave-vaisselle.

J’achète tout en vrac: le riz, les pâtes, les lentilles, le muesli, les graines, les céréales…
Même le chocolat et les produits gras ou liquides comme l’huile d’olive, les olives ou le fromage.

J’ai mon kit de courses avec des sacs en tissu, quelques bocaux et des sachets-papier que je réutilise.
Une fois qu’on prend l’habitude de tout remettre dans un même sac, c’est gagné !

Le kit de courses par la Famille Zéro Déchet

Composteur collectif

Ça fait des années que je n’ai pas mis d’épluchures dans une poubelle. En arrivant en appartement, je ne voulais pas revenir en arrière. J’ai fait une demande de lombricomposteur à l’Agglo de Pau. Ils sont remis gratuitement au terme d’une formation… déclenchée à partir de 15 inscrits. Je devais donc patienter.

Et tout de suite après, j’ai rencontré Rose-Marie de l’Agglo à la SERD qui m’a appris que la résidence pouvait faire la demande d’un composteur collectif. L’assemblée générale des copropriétaires m’a donné le feu vert et plus je rencontre mes voisins, plus nous sommes nombreux : déjà plus de 50% des foyers vont participer. L’installation est pour janvier !

En attendant, j’ai trouvé un composteur collectif municipal et un jardin participatif en ville où le grillage est ouvert pour que les voisins y déposent leurs épluchures… J’ai beaucoup de mal à penser à prendre ma bassine comme je prends mon sac à main et mes clés mais je progresse !

Savais-tu que les bio-déchets sont incinérés : avec 80% d’eau, c’est une aberration de les brûler alors que compostés, ils deviennent une ressource.
Avant l’AG, je me suis amusée à calculer le coût de l’incinération pour les 50 kg par habitant. Chaque année, c’est 500 000 euros d’économisés si tous les 150 000 habitants de l’Agglo compostent leurs épluchures.

Agriculture urbaine

En parlant du projet de composteur collectif à la voisine du dessus, elle m’a invitée à l’accompagner aux Parcelles Solidaires, un potager à la sortie de la ville, non loin de l’autoroute, sur des terrains de l’Agglo. Les Parcelles font partie du CIVAM, le Centre d’Initiatives pour Valoriser l’Agriculture et le Milieu Rural, un organisme né dans les années 50.

Là, j’ai rencontré Yann et une quinzaine d’adhérents. Yann m’a expliqué la démarche et parlé de son déclic (le documentaire Nos enfants nous accuseront). Il a aussi proposé de me mettre en contact avec une personne pour donner du sens au compost, une fois le projet démarré. Et c’est vrai que les familles de la résidence imaginent déjà créer un petit potager 🙂

Le principe des Parcelles Solidaires est simple : on adhère pour 60 euros par an et à chaque fois que l’on vient passer une matinée, dans la limite de 2 sur les 3 proposées chaque semaine, on repart avec son panier. Même moi, sans encore être adhérente.

Mais sérieusement, manger bio et local pour 60 euros par an… et sans se compliquer la vie à le faire tout-e seul-e ! Est-ce que tu continuerais à travailler à 100% si pouvais utiliser ton temps à mieux te nourrir, tout en passant un moment convivial les mains dans la terre à observer les miracles de la nature ?

En réalité, le budget de l’association est très serré mais on donne en fonction de ses moyens. 

Tout le monde est le bienvenu, les handicapés, les personnes en difficulté…
Les gens du voyage qui habitent juste à côté reçoivent aussi leur panier.

Pau, capitale durable, capitale humaine

Au-delà des commerçants zéro déchet et des composteurs individuels ou collectifs, l’Agglo de Pau s’implique dans de multiples domaines car elle est engagée dans le Plan Action Climat, avec pour objectifs de réduire :

  • ses émissions de gaz à effet de serre de 40% en 2030 par rapport à 2012,
  • la consommation d’énergie finale de 20% et de porter la part d’énergies renouvelables à 32% (contre 6% eń 2012) tout en travaillant à l’autonomie énergétique sur les territoires.

Et pour impliquer les citoyens, elle organise chaque année des défis Zéro Déchet ou Familles à Énergie Positive (FAEP).

Le défi FAEP est une action nationale qui en est à sa 4ème année. Je suis arrivée trop tard pour le défi Zéro Déchet alors on m’a invitée à rejoindre le défi FAEP. L’objectif est de réduire sa consommation d’énergie et d’eau. Sans investissement, uniquement par des écogestes.

Toute l’équipe fait des relevés réguliers et en les saisissant en ligne, on mesure nos progrès par rapport à nos données de référence, en individuel et en équipe.

En moyenne, les participants baissent leur consommation de 12% et économisent 200 euros sur l’année.
Récupérer les données de références peut être compliqué et je traînais presque les pieds la veille du lancement mais je ne regrette pas une seconde.

L’équipe organisatrice est très enthousiaste, disponible et bienveillante.
C’est très convivial : nous sommes 120 familles sur les 2 défis.
Quant à mon équipe, c’est la meilleure, avec des profils variés et des personnes très intéressantes ; ce qui fait qu’on élargit à beaucoup plus de sujets. C’est super !

A l’événement de lancement, on nous a offert 2 ampoules à LED. J’ai fait un inventaire de toutes les ampoules en place puis en les intervertissant ou en les remplaçant, je suis passée de 743 W à 577 W installés pour l’éclairage dont 300 W dans des pièces inoccupées. Tout ça sans dépenser un centime et j’ai constaté le résultat dès le prochain relevé.

J’assisterai à la formation de capitaine en janvier au terme de laquelle, on nous remettra une valise par équipe avec un wattmètre et d’autres outils pour aller plus loin.

L’écriture

L’agglomération paloise propose aussi des conférences gratuites en marge des rencontres littéraires Les Idées Mènent le Monde avec pour thème cette année Demain, un autre monde ?
Il y avait là Michel Drucker et c’est peut-être la raison pour laquelle le site de réservations était saturé.

J’y allais pour Isabelle Autissier et son intervention « Nous n’avons pas de planète de rechange » alors c’est un peu grâce à elle que j’assume enfin d’écrire un livre pour témoigner de mes expériences et de mon mode de vie depuis que j’ai quitté mon travail en 2015.

Je parle de la rencontre avec ma bonne fée dans ce billet.

La monnaie de la transition écologique et sociale

Par le biais d’Avenir zéro déchet, j’ai assisté à une table-ronde de l’Economie Sociale et Solidaire à laquelle je ne connaissais rien. Il y avait là des intervenants d’Angers, de Toulouse et de Bordeaux venus parler de leurs initiatives : réparation de dispositifs médicaux, camion-douche, modules d’hébergement d’urgence et collecte/compostage des bio déchets en ville.

En fin de soirée, la Tinda, la monnaie locale complémentaire, a reçu un chèque pour développer une application qui permettra de localiser facilement les commerçants partenaires et les comptoirs d’échange d’euros en Tinda. C’est là que j’ai réalisé que j’avais beau connaître les avantages d’une monnaie locale complémentaire et de croire en ses vertus, je n’avais pas vu la Tinda alors que je fréquente des lieux qui l’acceptent et l’échangent.

Ça m’a rappelé Hawila : un très beau projet qui ne communiquait pas au-delà de ses cercles et c’est bien dommage.
En en parlant avec Christine et Gaëlle, elles m’ont proposé de venir à la prochaine réunion du Comité pour partager mes idées et remarques au sujet de leur communication. Et me voilà embarquée dans une nouvelle aventure…

Et le Sun Trip alors ?

Là aussi, les bonnes fées sont à l’oeuvre.
Par ici pour les niouzes !

Quelques-uns des participants au Sun Trip Tour 2019

Voilà, tout ça en moins d’un mois !

Je suis la première émerveillée par tout ce qui s’est produit en si peu de temps.
Bien entendu, je peux me lancer dans tous ces projets parce que je n’ai pas un travail ou une famille qui m’accaparent.

Mais ce temps-là, je décide de le prendre. 

Je fais le choix de m’investir (temps et argent) dans ce qui compte pour moi. J’ai plaisir à me laisser porter et les rencontres me montrent le chemin. 

Je fais l’expérience du monde que je souhaite voir émerger : moins de biens, plus de liens comme c’est écrit sur les billets de 2 Tinda. Un monde où l’on ne se dresse pas les uns contre les autres mais où l’on se rencontre, s’entraide, crée ensemble ; où l’on a plus de temps de qualité aussi… au lieu de courir tout le temps partout à ne plus avoir la force de faire ce qui est important pour nous et les générations futures.

C’est très satisfaisant de décarboner son assiette, de détoxifier son alimentation, les produits d’hygiène et d’entretien. C’est bon pour la santé, c’est bon pour la planète et ça fait des économies.
Et ça fait un bien fou de ne plus être résigné-e mais de faire partie de la solution à la place. A travers nos choix, on favorise les circuits courts, on relocalise l’économie, on recrée du lien social et on gagne en qualité de vie.

Qu’est-ce qu’on attend pour tous s’y mettre ?

[Photo prise à Pau au mariage de mes amis Virginie et Xavier]

_________

Pour aller plus loin :

  • Sacrée croissance, un sacrément bon documentaire que tu peux regarder en intégralité en cliquant ici
  • Marie-Monique Robin a aussi réalisé Qu’estce qu’on attend ? dont voici la bande-annonce.
  • A quoi sert une monnaie locale ? Explications par le Ministère de L’Economie. 
Bande-annonce du documentaire qui m’a été conseillé à Asphodèle.

11 réflexions sur “Comme dans un film…”

    1. Et comme toi Béa, et comme Yannick… nous sommes des milliers, des millions 🙂
      Je suis si heureuse de vous avoir rencontrés et de vivre ces aventures avec vous !!

  1. J’ignorais l’existence de la Tinda. Alors merci !

    J’aime bien mettre des visages sur ces noms de participants au Sun Trip.

    1. Il y a la Tinda et au pays Basque, il y a l’Eusko avec déjà plus d’un million d’euskos en circulation !
      Les visages du Sun Trip sont sublimés par les films de Florian. J’aime expliquer aux curieux la diversité des profils des participants…

  2. Interesting words Perrine! I love the fact that you are so involved with everything that you do! We recycle as much as possible and it hurts us to see so much plastic on the beaches and in the ocean here in the Caribbean. It’s wonderful what Pau is doing to help the whole ecological system progress although I am not so sure about the ‘potagers’ along the road – won’t they be contaminated with exhaust fumes from the cars/trucks etc? Best of luck with your goals xxx

    1. Salut Robin!
      C’est une bonne question que tu poses au sujet des gaz d’échappement. Le potager n’est pas directement contre l’autoroute et il y a des haies. Le sol est de bonne qualité donc c’est toujours mieux que l’agriculture industrielle arrosée de pesticides. Il y a aussi deux autres lieux en centre ville et en périphérie.
      J’ai trouvé cet article très intéressant.
      Take care, I miss you. Xoxo

  3. Chouette de te lire, tu as une grande facilité pour partager et faire connaître le champs des possibles pour le changement de paradigme économique et social 🙂
    Et j ai la joie de partager du temps et du rire avec toi ! Merci au yoga du rire qui nous a fait nous rencontrer.

  4. Ping : Plus nocive que 15 cigarettes par jour -

  5. Ping : Le luxe du temps -

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